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Notes
de lecture
Extrait de la préface,
En accord profond avec le rythme de la nature, veilleur attentif au silence
que ponctuent le battement des horloges ou les subits coups de vent qui
déconcertent de paisibles villages, Antoine Carrot, s'est en même temps,
toujours tenu dans "l'impatience des choses dites". Et cette impatience
naît précisément des "heures silencieuses". Heures de "plaine
ou de granit"qui semblent lui appartenir souverainement mais aussi
lui échapper sans cesse :
"Mes silencieuses au sang de rose et de sable / qui poussent le temps
au delà de sa présence / et qui disparaissent dès qu'on les touche
".
Mais pour celui qui est nourri du " pain d'interpellation des heures
", cette disparition est-elle un évanouissement définitif ? les mots ont
beau s'échapper, vouloir le fuir, sans qu'il paraisse possible de les
rattraper, ne voit-il pas toujours " brûler des images du côté du soir
" ?
Si ces images brûlent, n'est-ce pas moins pour disparaître à jamais, réduites
en cendre, que pour éclairer définitivement, de leur brasier perpétuel,
toutes les heures ?
En réalité, les images incandescentes envahissent tout silence et mettent
en lumière le visage méditatif de ce poète qui ne dit " je " que pour
mieux s'adresser aux autres hommes. Dans ce recueil dédié à " nos " heures,
celles ci ne prennent pas le ton de la constatation acerbe qui serait
celle d'un misanthrope, mais bien celui d'une sorte d'avis fraternel où
l'espoir trouve une large place :
" les lendemains palpitent sur nos repentirs bleus " ou " on
ne retient de l'heure que l'eau claire du puits ".
Marie Ange
Sebasti.
Nous retrouvons
cette clarté intérieure où esprit et nature s'accordent pour célébrer
la simple beauté des choses " Tout va se mettre en place à l'orée des
nuits longues / j'entre à pas d'automne dans la procédure / qui prélève
un tribut sur les déserts de l'âme ".
Jean Chatard, Cri d'os.
Introspection de la nature humaine et expression de la grande nature universelle
cohabitent. Toujours au service de la poésie " le sang du jour / la virginité
de l'inconnu / la poésie ? en somme presque rien ".
Massif central.
Les silencieuses se montrent à nous mais se tairont encore. Le secret
de leur gestation restera indivis, il ne nous appartient pas. Et cela
même si cet homme a écrit et qu'il n'a pas détruit, qu'il a laissé refluer
l'héritage comme branche cassée longtemps coincée sous l'eau puis un jour
délivrée par le fleuve du temps, enluminée d'amour jusqu'à l'aube patiente
de notre écoute.
Marie-Thérèse
PEYRIN.
Une réflexion sur l'expression, sans en avoir l'air. Cela passe comme
un souffle dans un arbre, c'est grave et léger. Ce qui ressort de cette
lecture, c'est surtout l'obsession de l'attente et le poème apporte la
ponctuation nécessaire :"Il n'y a pas d'importance minime / des fruits
semblent promis aux jours qui nous rassemblent / la connivence entraîne
une rencontre / au soleil équivalent de l'attente. // La page écrite à
l'avance est fugitive / comme un train de nuit que nous n'aurions pas
pris.// Il faut pouvoir saisir / le retour d'importance où le seuil est
inscrit / et des mains montent dans le soleil levant / comme l'offre d'une
épaisseur enfin trouvée". Un livre très important.
Alain Wexler, Verso.
Retrouver Antoine Carrot ne va pas sans émotion. C'est bien comme il le
pense s'obliger à un silence de réflexion, pour mesurer la valeur d'un
dialogue. Car on doit bien découvrir que l'on est face à un sage, un sage
qui invite à veiller. Le silence qui s'impose permet de se mettre à l'écoute
du vent, si présent dans ses textes : "Des vents m'attendent / la porte
de la ville reste ouverte". Et ces silences offrent des vérités successives,
poussent à recueillir au fond de soi les vestiges précieux de la vie,
c'est dire le poids de toute rencontre, ne serait-ce qu'un instant : "
Une rencontre peut être une ouverture ". On comprend la nécessité
de veiller afin d'éviter toute évanescence ou oubli : "Les marées montantes
veillent sur les grèves / pour qu'elles n'oublient pas l'oubli". Et
pour finir il sait, dans une de ces formules que rien ne remplace, dire
la vérité prodigieuse de l'amour : "Pour vraiment posséder j'accepterai
de perdre".
Guy Lavorel, Laudes.
" Un soir raconte il suffit de tendre l'oreille ". Cet attentif
au mystère n'a pas de certitude, pas même sur la poésie. Il ne nous infligera
aucun savoir. Et cela ne nous rend que plus attentif à sa voix. "Des
mots / ne te fie pas trop à leur musique / des airs / ne prête pas attention
à leur chanson / un mensonge subsiste". Le poète est comme la neige,
il " n'a pas de réponse toute prête " pas même à la question de la poésie
silencieusement posée tout au long du recueil. Et quand il se risque à
une affirmation, c'est pour renvoyer à plus de question. Gabriel
Le Gal
"Et si l'on tend l'oreille / On entend une porte qui doucement se ferme"
Pour Antoine Carrot, présent à la vie qui s'épanouit, même discrète, qu'elle
soit un "vent de pierre" ou "l'étrangeté de l'homme", les
mutations rapides d'aujourd'hui, loin des horloges qui délimitent les
jours, sont sources d'incertitudes. Mais pour cet " homme du soleil
et de l'air " qui inlassablement "cherche un oeil nouveau d'insoutenable
éclat", la nature est régénérante. Conscient de ce décalage avec le
présent, il tente par l'écriture de retenir ou plutôt prolonger le temps,
un temps intime en accord avec le temps cosmologique : "Un thème nouveau
propose une porte de sortie / Aux fruits de notre attente" en demeurant
à l'affût des signes. Face à ce constat de l'implacable éphémère, le poète
préfère à la résignation fataliste la reconnaissance de la vie : "Salut
vent incarné du temps de vivre".
Anne
Lise Blanchard, Lieux d'être.
Antoine Carrot écrit, avec recul, sa fragilité d'être au monde : "Te
protéger / Encore faudrait-il savoir de quoi". Il a l'art de saisir
ce qu'il y a de fugitif dans l'existence, dans ces instants fragiles qu'illumine
la conscience.
Lucien Wasselin, Rétroviseur.
Ses poèmes montrent que l'essentiel est invisible aux yeux "Jardiniers
de l'illusoire / nous sommes en même temps l'austère et le prodigue /
la présence et le refus / et le geste qui devient l'outil".
André Defour, Laptois déchainé.
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