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Préface
Ce livre est une méditation sur l'immobile et le mobile. On voudrait l'ineffable
à portée de la main, qu'il cesse de fuir. Dès la première page, aucune
illusion, tout fuit, rien n'est fixe. " (...) Des ombres longues dépassent
nos horloges / Dans une fuite où tout se consume / Où sous le poids
mauve de l'heure / La main reprend ce qui fut donné."
Les mots n'ont rien de sûr, il les appelle des soupçons transformés.
Notre instinct est de nous réfugier dans nos maisons, nos abris, nos souvenirs
or la méfiance sommeille au pied de notre chaise, ce réflexe du
refuge est ce justement qui nous fait passer à côté des bonnes réponses
: "(...) Naguère tu trouvas ta récompense / Entre les pages de
ton livre / Pourquoi demander davantage" Le passé, c'est ce qui est
consigné, qui ne change plus sauf à cause de l'usure, c'est ce qui est
enfermé. Si notre quête est la vérité, appelons-la connaissance, il faut
même se méfier du chemin, il le dit : il te console. "L'essentiel
pourrait t'échapper / Si tu rangeais l'absence au temps des saisons closes".
Rien de pire que la paralysie et le repli sur soi, l'image du monde apparemment
inerte après tant de convulsions est trompeuse, on sait que cela bouillonne
sous certains volcans. II propose, comme réveil, la figure d'une pierre
qui prend feu.
Le livre se construit ainsi de propositions en propositions. Nous n'avons
pas affaire à un recueil de textes mis bout à bout arbitrairement. Page
après page nous découvrons un livre construit où chaque texte essaie
de répondre au précédent sinon de continuer l'argumentation déjà commencée.
L'auteur tutoie le lecteur, ce qui n'est pas une figure de style mais
un dialogue. Antoine Carrot continue de vivre dans ce livre, la preuve,
il te parle et t'entraîne dans sa méditation et t'invite à poursuivre
un nuage, le feu dans le vent, des oiseaux, comme cet enrichissement
des roses au seul vent des abeilles. Ne serait-ce pas cette vérité
toujours en mouvement? Ceci peut s'exprimer encore: "Laisse couler
la fontaine ou l'oiseau" Afin d'accompagner la vie, tout comprendre
enfin. La vérité enfin trouvée pourrait être ennuyeuse aussi. A moins
qu'elle ne soit perpétuellement en mouvement.
La connaissance se réduit sans doute à cette formule: " Le fleuve attend
notre réponse / Dans sa féminité sans cesse renouvelée / Où le bouchon
du pêcheur n'est en somme / Qu'un simple grain de beauté. " Ce que
tu poursuis, est-ce bien la vérité? n'est-ce pas une apparence ou un simple
petit détail sans importance, jeté là par caprice ou hasard, prêt à disparaître
et qui sera remplacé à la faveur d'un angle différent de ton regard par
un autre détail tout aussi insignifiant? La force de ce livre tient dans
l'art du questionnement et l'inventaire des chemins alors que les réponses
attendues s'échappent aussitôt le long de ces chemins à peine découverts.
Alain Wexler
Les quatre mains du vent développe les thèmes chers à l'auteur : le questionnement
et l'inscription dans le temps. Les deux motifs se répondent pour se cristalliser
sur la connaissance que serait la présence à un instant singulier : Un
tilleul s'ouvre et donne une proposition / Le mur dépasse un avenir construit
/ Dans l'élan du verger qu'il possède. Antoine Carrot ne cesse d'explorer
le double mouvement de ce que l'on croit saisir et qui déjà s'échappe
: Des mots mirages se lisent à l'intérieur des portes / [ ] Conçus
dans un effort qui se transforme / Sans imprudence / Au bruit discret
des mutations lentes. Son écriture rend compte de ce qui est encore
l'étonnement de l'enfance, l'enfance qui tend les mains vers une toute
petite échéance où perce / Ainsi que le veut la coutume / la fleur d'une
première neige, empêchée par les rigidités anciennes. Tentation
dont l'écriture devient la métaphore : Paradoxe un mot refuge / Ecriture
de l'ambiguïté / Protection qui dérobe une certaine face / Par un souci
d'être autre chose. L'auteur prend acte de la réalité de la calleuse
austérité des murs derrière lesquels on a laissé son enfance. Demeure
la liberté d'accomplir / La digression des vents de blé...
Anne-lise Blanchard
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