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Notes
de lecture
J'ai relu avec une émotion grandissante au fil des mots
ces textes qui, publiés, gagnent en distance, force et poésie.
Certains parlent cruellement au frère que je suis quand d'autres
effacent le deuil et tracent d'autres sillons dans l'indistinct des âmes
fraternelles.
Il n'y a point de voix d'outre tombe. Mais une parole fraîche, même
s'étranglant au bord du vide, tendue toujours entre les voluptés
de l'être et les paradoxes du destin.
Soyez donc remercié de nous avoir, en quelque sorte, réunis.
Jean-Christophe
SCHMITT
Je retiens d'abord de Parole calcinée ces poèmes,
en abrupt où se font écho le sentiment de la merveille et
celui de la détresse la plus aigue. Ainsi page 46 ces deux distiques
: "Au bord du gouffre s'émerveille un chamois"
et "j'ai des caresses plein la tête mais mes mains sont
vides".
D'ailleurs cette adhésion fervente à un monde de couleur
et d'exubérance, "crépuscule amoureux sur Katmandou
et d'autre part ce sentiment d'absence et de perte se répondent
tout au long du recueil et s'exacerbent mutuellement sans se rejoindre
tant est grande la distance "Tu demeures la trace ma blessure
10000 kms ne pourront te refermer".
En effet c'est un chant qui nous parvient des lointains comme d'au-delà
des océans et nous sommes à la fois dans le vaste et l'aigu.
Les pages de Batir vitrail constituent un très beau chant d'amour
comme "ciel qu'innocente un feuillage Dans l'absence comme dans
le désespoir, je ne serai jamais blasé de toi".
Et l'expérience d'un tel amour permet de forger "les armes
de la transparence" et de "batir vitrail": "Et
de toi seule ravi mon Eve verte Vertueuse vacante vigilante Vermeille
MON AMOUR de VITRAIL"
On ne peut que deviner l'intensité de drame qu'il a fallu pour
mener à une telle transmutation.
Ajoutons seulement que tout ce parcours se fait dans une langue de simplicité
et de souplesse qui n'empêche nullement qu'on soit par moments comme
dans la proximité des "Illuminations" et à
d'autres moments le dire d'amour se fait avec une verve et une inventivité
langagière qui n'est pas sans évoquer celle d'un autre "grand
combat", celui de Michaux.
Gabriel Le Gal
Un
chant d'amour qui se déploie dans le brouhaha, au-delà des
blessures, des distances, puis de l'absence définitive. Jean-François
Schmitt développe une thématique de la dispersion : "je
suis fleuve rompu qui baigne tout rivage" ou "tu sais
que je demeure par tout l'épars de moi même en ce lieu, je
te suis".
L'écriture, dépouillée, est directe. On découvre
une sensibilité sans hermétisme qui atteint le lyrisme absolu
: "Dire que tu me manques serait trop peu. Tu es ma solitude.
Je ferais de ton corps la mesure de mes mains". On s'attarde
sur chaque page. "Mon oblique flamme mon incertaine si proche
cependant je t'aime parce que tu es l'oasis et que tu crées le
désert". "Je coule en toi comme une eau noire, terre
sèche et fragile, trop aisément blessée".
La langue s'enracine dans ce qui circule, sépare, rimbauldienne
parfois, pour dire : "J'avais le ciel à portée du
regard mais nul oiseau n'y dessinait désormais sa caresse."
L'apaisement naît dans le silence et la recomposition en vitrail
de l'icône de chair. Jean-François Schmitt, qui disparut
en 1984, fut certainement le temps de ce recueil le poète de l'amour
fou.
Anne-Lise
Blanchard,
intervention à voix haute
... Jean-François Schmitt sème
les petits cailloux de son désespoir, on pourrait dire beaux comme
le désespoir. Ils ont la perfection du caillou et surtout sa simplicité,
pas un mot de trop. Ils font silence dans la forêt de la vie. Et
cela à coup de contradictions : "je t'aime parce que tu
es ma plaie" "Mon algue blanche mon étrangère
ma fleur de nuit sur ta lèvre j'apaise ta crainte." "Tendresse
dérobée à l'aube de ta bouche. Je suis plein de ton
absence"."Je suis libre comme l'eau de ce lac, libre de refléter
l'humeur changeante du ciel mais non pas encore de lui donner sa lumière.
Si donc vous me voulez vraiment libre, apprenez-moi la source ou rendez-moi
la mer." A lire absolument.
Alain Wexler, Verso
Un amour ardent traverse les poèmes
de ce recueil, tantôt chuchoté, tantôt crié,
tantôt chanté, presque psalmodié : jeux de désir,
de la caresse, de l'absence."Etoile perdue cherche nuit à
transfigurer". La nuit est là, à toutes les pages.
Mais l'amour qui s'y déploie parvient-il à la transfigurer?
Elle est, plutôt, le fond noir où se détache le corps
pâle de l'aimée, elle est aussi la douceur du secret. Jeux
de couleur : noir de l'amour, orange du désir...
Le temps est celui du regard, de l'instant, du geste accompli ou rêvé,
de la parole qui cherche d'autres voies que les mots. Peu de passé
dans ces textes, pas ou presque de futur, ou alors, rarement, pour annoncer
la solitude ou l'échec, comme dans le premier poème : "Un
jour je connaîtrai la ferveur du don mais il sera trop tard. De
loin en loin pourtant, surtout dans Bâtir vitrail, le second ensemble
du recueil, un "enfin" semble chasser la souffrance : "Tu
aimantes ma vie Comme une liturgie : en toi Enfin réuni, retrouvé,
unifié. Je peux De nouveau te crier que je t'aime." Cette
voix qui s'est éteinte n'a pas donné de futur à une
poésie prometteuse. Ellle retrouve un aujourd'hui en nous, grâce
à la fidélité des proches qui l'éditent.
Bernard Meunier,
Laudes
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