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Notes
de lecture
Au premier abord, l'eau, le vent, l'arbre, le fruit... semblent
offrandes naturelles et généreuses de ce monde. Elles aident tout homme
à vivre en lui désignant son horizon et les gestes nécessaires. A la fois
à l'écart et solidaire, le poète ne cesse de nous confier une certitude
qui dérange toutes les évidences : " l'eau n'est pas où nous l'avons
cherchée ", " Il n'y a pas d'énigme en dehors de nous / Seulement
des fantaisies de nuage et de vent ".
Antoine Carrot tend avec tenacité à élucider ce mystère paradoxal et rêve
pour cela d'abolir toute distance, comme le fait l'alouette dont il surprend
le vol. Les chemins de sel qu'il emprunte en nous appelant à ses côtés
brûlent ses pas, et nos pas aussi. Ils ne disent pas en la fuite, mais
le feu exigeant que cet " homme de l'éveil " nous invite, poème après
poème, à traverser.
Marie Ange Sebasti, Extraits de la
préface.
Dans l'espace entre l'avant et l'après se tient Antoine Carrot,
veilleur cerné "par la formule où l'instant se protège", dans ces
"régions de sel où sommeille un livre / Que tu crois avoir écrit /
Avec des mots inconnus / Qui se referment au premier geste". Une veille
de résistance au temps qui s'écoule "Plonge un regard dans la source
/ Si tu veux que le temps reprenne de l'importance". Il est aussi
l'éveilleur à l'oeil disponible, qui accueille "au coin du livre"
ou sur "l'affiche d'un mur" l'instant unique "dont dépend la
volonté de vivre", celui qui se renouvelle au " glissement des
sources", à la main qui donne, au " sourire auquel on se laisse
prendre ". Des chemins de sel dont chaque pierre ponctue le mot.
Anne Lise Blanchard,
Verso
Il faudrait chausser des semelles de pierre pour avancer sur ces
"Chemins de sel" où s'invite le temps avec son poids " de fleur
et de fruit mur ". Le paysage est jalonné par l'image d'une pierre
dressée, associée à la blessure ou à la brûlure. Il entraîne son lecteur
beaucoup plus loin pour qu' il " écoute le long silence qui redevient
la nuit / par un geste du vent ". La marche obstinée réveille le souvenir
" comme si l'ouvrage était l'oubli " tandis que " Nos repentirs
nous protègent de la désinvolture ". Le poète ne refait pas le monde
mais le remet en sa propre lumière " Un monde blanc / d'où la neige
chasserait la nuit ". Le rêve ne l'abuse pas, il sait que " nous
ne possédons tout au plus / qu'un reflet de nuage sur une vitre claire
/ c'est à dire une transparence."
Bernard Meunier, Laudes
Saisir le fil tendu par le poète, tenter de pénétrer son univers
ou du moins lever un pan du voile. Des mots dits, d'autres non dits. La
fugacité du quotidien est capturée sur le papier. Laisser une trace de
ses pensées pour ne pas les laisser s'évanouir. Le fil du poète se veut
fragile. Un fil de soie changeant de teinte au fil des saisons, des idées.
L'ancien expert comptable joue avec les lettres sans oublier les chiffres.
Entre addition et bilan, celui d'une vie : " d'une saison que reste-t-il
? ". L'oubli et la mémoire. La nostalgie et cette envie de vivre l'instant
" Pour fuir la tragédie de l'horloge ". Le poète oscille, fait de paradoxes,
de contradictions. Mystique, proche de la nature, de ses racines, amoureux
de l'automne, saison de transition. Tantôt grave, tantôt jovial. " Il
y a si peu de nuages à vivre ", " désormais le soleil est dans
l'instant ". Les mots brûlent et stimulent.
Valérie Bruno, Progrès Villefranche.
Antoine Carrot puisait dans le bourg de Lapte une source inépuisable
d'inspiration. Les mots déroulent le fil nostalgique des saisons "
l'hiver passe avec ses pages de neige où le doigt n'écrit plus quelques
noms oubliés ". L'incertitude habite les êtres " Des destins contradictoires
m'accaparent, j'aspire au vol de l'oiseau, au mouvement parfait de l'horloge,
à quelque chose qui serait l'envers du mot ". Poésie d'ombre et de
lumière d'un être attentif à la fragilité des hommes, sensible tout à
la fois à l'éphémère et au perpétuel de l'existence.
Fabienne Mercier, La Tribune le Progrès,
Haute Loire.
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